- Cohésion sociale (CS)
Socialhub réunit les RH de l’économie sociale pour une table ronde
Après le lancement de son site internet en mai, Socialhub a organisé, sa première rencontre pour les professionnels du secteur social luxembourgeois, le mardi 20 octobre 2026 au Centre Culturel Norbert Sassel de Bettange-sur-Mess. Centrée sur la thématique des enjeux RH, cette table ronde, soutenue par l’APEMH, a réuni une quarantaine de participants. Pour débattre du sujet, les trois intervenantes du jour étaient : Audrey Grebil, chargée du développement RH de l’APEMH ; Rachel Kauffmann, coordinatrice générale de Kabemewa asbl ; et Dorothée Schneider, directrice des ressources humaines de la Croix-Rouge luxembourgeoise.
La discussion a été introduite par Frédéric Liégeois, fondateur de Picto, et Thomas Lentz, secrétaire général de la FEDAS Luxembourg – représentant les deux structures initiatrices de Socialhub. Ce dernier a déclaré que, « dans un contexte de digitalisation et d’automatisation, les RH restent un élément clé, sans lequel le secteur social ne pourrait pas fonctionner. C’est pour cela que nous avons choisi ce thème pour notre première table ronde. »

Les challenges du recrutement
La première question adressée aux trois femmes concerne les défis que révèlent les difficultés de recrutement. « Notre société change, nos services sont de plus en plus demandés et ils se complexifient », commence Dorothée Schneider (Croix-Rouge luxembourgeoise). « Au-delà de former nos équipes, nous avons besoin de professionnels qui ne s’identifient pas forcément à l’économie sociale, comme des RH, des comptables ou des informaticiens. » Si la pénurie de talents sur le marché de l’emploi est un obstacle au recrutement, elle ajoute que « les réglementations auxquelles nous sommes soumis en sont un aussi. »
Rachel Kauffmann (Kabemewa) poursuit : « Plus qu’un manque de candidats, il y a surtout un manque de profils adaptés à nos exigences réglementaires, car une certaine maîtrise des trois langues – luxembourgeois, français, allemand – est demandée. On pourrait peut-être assouplir ces conditions. » Mais ce n’est pas tout. « Les contrats à temps plein ne sont pas souvent disponibles, il y a plus de temps partiel, ce qui ne convient pas à tout le monde. Notre activité demande aussi un engagement humain, avec une forte sollicitation émotionnelle. »
« Il y a un décalage entre nos besoins et les attentes des candidats. »
Rachel Kauffmann, coordinatrice générale de Kabemewa
Audrey Grebil (APEMH) confirme que ce « cadre rigide » exclut les candidats aux profils « atypiques », qui n’ont pas le diplôme ou l’expérience exigés par la convention. « C’est très dommage, car dans notre secteur porteur de valeurs, la compétence la plus importante devrait être le savoir-être. » Lorsque Thomas Lentz demande en quoi la convention collective représente un frein pour le recrutement, les expertes regrettent que celle-ci définisse la carrière par rapport à la formation initiale, et pas par rapport à l’expérience, la prise de responsabilité ou la contribution de chacun dans son travail.

Investir dans la fidélisation
Dans ce contexte, renforcer leur attractivité et fidéliser durablement leurs collaborateurs est crucial pour les employeurs. « Certes, la rémunération est attractive, mais on fidélise plus par l’expérience et les conditions de travail offertes : donner de la reconnaissance, offrir des perspectives d’évolution, faire confiance », affirme la spécialiste de l’APEMH. L’association Kabemewa a par exemple choisi de consulter ses salariés pour la conception de leur nouveau bâtiment, afin qu’ils « partagent leurs idées, leurs besoins et se sentent ainsi inclus dans ce projet. »
« Fidéliser nos collaborateurs a un coût, mais il est nécessaire. Je le considère même plutôt comme un investissement. »
Audrey Grebil, chargée du développement RH de l’APEMH
Dans un souci de santé mentale et de respect de l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle, la Croix-Rouge luxembourgeoise a, elle, mis en place une cellule d’écoute dans un objectif de prévention secondaire. De cette initiative est née une formation de gestion du stress de trois heures, obligatoire pour tous les collaborateurs.
Le maintien des équipes en place est d’autant plus important dans le secteur social, « notamment car les bénéficiaires ont besoin d’une certaine stabilité » indique Audrey Grebil. Rachel Kauffmann ajoute qu’il « est d’autant plus difficile d’améliorer la qualité pédagogique de nos services si nous sommes constamment en train de former les nouveaux collaborateurs. »
Une fonction de plus en plus transversale
Quand on voit les enjeux auxquels doivent répondre les RH, il est clair qu’elles ont largement dépassé leur rôle administratif pour devenir un véritable levier stratégique au sein des organisations.
Pour Dorothée Schneider, « les RH sont le reflet de la maturité de l’organisation, son champ d’action reflète le leadership et l’impact que l’organisation veut avoir. » Parmi leurs missions, « très transversales », la coordinatrice générale de Kabemewa énumère : « informer le conseil d’administration, valoriser l’engagement des salariés au quotidien, veiller au respect des réglementations, assurer l’obtention des autorisations et des agréments nécessaires, gérer les relations avec les différents ministères, avec la commune, les services techniques, les bénéficiaires… » La liste est longue !
« Les RH font le pont entre la stratégie et l’opérationnel. Nous devons maintenir notre capacité à poser des questions parfois compliquées, c’est ce qui fera évoluer nos organisations. »
Dorothée Schneider, directrice des ressources humaines de la Croix-Rouge luxembourgeoise
« Le cœur de notre métier est de faire le pont entre la direction et les collaborateurs qui travaillent sur le terrain, de faire remonter des questions mais aussi de faire descendre les informations », considère Audrey Grebil. Interrogées sur la qualité indispensable aux employés officiant en tant que RH stratégique, les trois expertes citent « poser les bonnes questions », « mettre en relation » et « être à l’écoute ». Dans le public, quelqu’un demande quelles sont les compétences que les RH devront développer dans les années à venir. Les professionnelles s’accordent sur « l’adaptabilité et la résilience », pour faire face à des attentes grandissantes, qui s’annoncent de plus en plus contraignantes.
Léna Fernandes
Photos : Eve Millet / Picto
